Le plan était dû le 30 juin. Le premier palier tombe le 31 décembre.

Le plan était dû le 30 juin. Le premier palier tombe le 31 décembre.

Kay Atangana
Kay Atangana · Ingénieur financier
··9 min de lecture·
CEMACCOBACréglementation bancairecapitalrecapitalisation

Tout le monde a écrit sur le relèvement du capital. Peu de choses ont été écrites sur ce qui vient après l'échéance de dépôt.

Rappel du calendrier, parce que c'est lui qui commande tout le reste. Le règlement COBAC R-2025/02, adopté le 10 décembre 2025 et entré en vigueur le 1er janvier 2026, porte le capital social minimum des banques de la zone CEMAC de 10 à 25 milliards de francs CFA. La cible finale est datée du 31 décembre 2029, mais elle n'est pas atteignable d'un bond : le texte impose un escalier.

| Échéance | Capital social minimum |

|---|---|

| 31 décembre 2026 | 14 milliards FCFA |

| 31 décembre 2027 | 18 milliards FCFA |

| 31 décembre 2028 | 22 milliards FCFA |

| 31 décembre 2029 | 25 milliards FCFA |

Et une échéance de procédure, distincte des quatre précédentes : les établissements ne pouvant satisfaire l'exigence dans les délais devaient soumettre à l'approbation du Secrétaire général de la COBAC un plan de relèvement de leur capital social au plus tard le 30 juin 2026.

Cette date est derrière nous. La suivante est dans un peu plus de quatre mois.

Ce que la première marche exige réellement

Passer de 10 à 14 milliards, c'est une augmentation de 40 % du capital social en un exercice. Pour un établissement déjà au-dessus du plancher, l'effort est moindre ou nul. Pour un établissement au plancher, c'est quatre milliards à trouver avant la clôture — et « avant la clôture » ne signifie pas « décidé avant la clôture », mais libéré et inscrit avant la clôture.

C'est la première source de mauvaise surprise, et elle est purement calendaire. Entre la décision d'un conseil d'administration et l'inscription effective au capital, il y a une assemblée générale extraordinaire à convoquer dans les formes, des délais statutaires, une libération des fonds, des formalités d'enregistrement et de publicité. Sur une augmentation de capital ordinaire, en zone OHADA, ce chemin ne se parcourt pas en trois semaines. Une décision prise en novembre pour une inscription au 31 décembre est une décision prise en retard.

Les trois chemins, et ce qu'ils coûtent vraiment

Le texte laisse aux banques la liberté de leurs modalités : apports en numéraire, incorporation de réserves ou de bénéfices, et même recours à l'emprunt. Cette liberté est réelle, et elle est piégeuse, parce que les trois voies ne produisent pas le même bilan ni le même actionnariat.

L'incorporation de réserves ou de bénéfices est la voie la moins coûteuse et la plus rapide. Elle ne fait entrer aucun actionnaire, ne dilue personne, et transforme des fonds propres déjà présents en capital social. Sa limite est arithmétique : on ne peut incorporer que ce que les exercices antérieurs ont laissé. Un établissement dont les résultats ont été distribués année après année découvre à ce moment précis le coût différé de sa politique de dividende.

L'apport en numéraire est la voie qui fonctionne toujours, et c'est la seule qui pose une question de gouvernance. Si les actionnaires actuels suivent, l'équilibre est préservé. S'ils ne suivent pas, il faut ouvrir — et l'ouverture au milieu d'un cycle de recapitalisation sectorielle se fait dans le rapport de force le moins favorable qui soit : l'acheteur sait que vous êtes sous contrainte réglementaire, et il connaît votre date.

Le recours à l'emprunt est autorisé et il mérite d'être manié avec précaution. Emprunter pour renforcer son capital revient à faire porter par le compte de résultat une charge financière destinée à satisfaire une exigence de solvabilité. L'opération est légitime, mais elle ne se juge pas sur sa faisabilité — elle se juge sur la capacité du produit net bancaire à servir cette charge pendant toute la durée de l'escalier, c'est-à-dire jusqu'en 2029.

À ces trois voies s'ajoute une quatrième, que le texte n'a pas à mentionner parce qu'elle n'est pas une modalité de recapitalisation mais une conséquence : le rapprochement. Un relèvement sectoriel du capital minimum est, mécaniquement, un instrument de consolidation. Les établissements qui n'atteindront pas la cible seule sortiront du marché par adossement ou par cession, et cette sortie se négocie beaucoup mieux à dix-huit mois de l'échéance qu'à trois.

Ce que la contrainte de capital rencontre au bilan

La difficulté n'est pas seulement de trouver le capital. Elle est de le trouver pendant que le bilan qu'il doit couvrir se dégrade sur deux fronts simultanés.

Le premier front est celui des créances. Au Cameroun, le volume des créances douteuses progresse d'environ 14,5 % par an selon la COBAC. Un stock qui croît à ce rythme consomme du provisionnement et des fonds propres réglementaires au moment précis où il faut en lever. Et il n'existe pas, en zone OHADA, de marché secondaire organisé permettant de sortir ces créances du bilan — contrairement à ce qui se construit actuellement au Maroc, où un projet de loi encadrant la cession directe des créances en souffrance, élaboré avec l'appui de la Société financière internationale, ouvrira l'acquisition au-delà des seuls établissements réglementés.

Le second front est celui de la transformation. Le 2 avril 2026, le Comité de politique monétaire de la BEAC a suspendu les opérations de refinancement des crédits à moyen terme destinés à l'investissement productif. Le gouverneur a confirmé le 29 juin que cette suspension répondait à une demande du Fonds monétaire international, dont la position est que le mécanisme doit disparaître progressivement. Les banques de la zone perdent donc l'un des rares dispositifs qui leur permettaient d'adosser du crédit à moyen terme à une ressource correspondante.

La conjonction est inconfortable : il faut renforcer le capital, avec un stock de créances qui s'alourdit et sans l'outil qui permettait d'allonger la ressource. C'est exactement le type de configuration dans lequel les établissements les mieux préparés prennent des parts de marché durables sur ceux qui subissent.

Ce qui se décide avant le 31 décembre

Quatre points, et ils se traitent dans cet ordre.

  1. Vérifier l'atterrissage du 31 décembre 2026, pas celui de 2029. L'erreur de cadrage la plus fréquente est de raisonner sur la cible finale. Le régulateur constatera d'abord le palier de 14 milliards. Un plan qui converge vers 25 milliards en 2029 mais manque la première marche est un plan qui échoue en 2026.
  1. Recalculer le délai réel de l'opération, en jours ouvrés. Convocation de l'assemblée générale extraordinaire, délais statutaires, libération, enregistrement, publicité. Poser la date de clôture et remonter le calendrier à l'envers : la date limite de décision du conseil apparaît alors d'elle-même, et elle est presque toujours plus proche qu'on ne le pensait.
  1. Chiffrer l'incorporation possible avant de chercher du numéraire. C'est la voie la moins chère et elle est systématiquement sous-exploitée. Le montant exact incorporable — réserves disponibles, report à nouveau, résultat de l'exercice — se calcule en quelques heures et détermine tout le reste du plan.
  1. Traiter la question du rapprochement pendant qu'elle est encore un choix. Un adossement négocié dix-huit mois avant l'échéance est une opération stratégique. Le même adossement négocié en novembre 2028 est une vente forcée, et le prix le dit.

Le point qui décide

L'échéance du 30 juin 2026 portait sur un plan, pas sur du capital. Le fait qu'elle soit passée ne clôt rien : elle a seulement séparé les établissements qui ont formalisé une trajectoire de ceux qui ont considéré qu'il restait du temps.

Il en reste, en effet — mais il en reste pour un seul type de travail. Trouver quatre milliards prend des mois. Décider comment on les trouve prend des semaines. Et calculer précisément combien il en faut réellement, une fois retraités les fonds propres et l'incorporation possible, prend quelques jours.

C'est par ce dernier calcul qu'il faut commencer, et il ne dépend de personne d'autre que de vous.


Article publié le 14 août 2026. Le calendrier réglementaire cité est vérifié à cette date.

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