Vos créances clients gonflent votre bilan. Votre banquier le voit avant vous.

Vos créances clients gonflent votre bilan. Votre banquier le voit avant vous.

Kay Atangana
Kay Atangana · Ingénieur financier
··7 min de lecture·
Financement PMECréances & recouvrementTrésorerieSYSCOHADA

Il existe une ligne, dans le bilan de la plupart des entreprises de distribution, que personne ne regarde jusqu'au jour où quelqu'un d'autre la regarde à leur place.

C'est le poste clients et comptes rattachés. Il porte les factures émises et non encore encaissées. Et dans beaucoup d'entreprises, il porte aussi — à leur valeur d'origine, comme si de rien n'était — des créances auxquelles plus personne ne croit.

Le mécanisme, et il est mécanique

Une facture émise entre à l'actif pour son montant. Elle y reste. Rien, dans la mécanique comptable ordinaire, ne l'en fait sortir toute seule.

Si le client paie, elle disparaît au profit de la trésorerie. S'il ne paie pas, il faut un acte volontaire pour en tirer les conséquences : constater une dépréciation quand le recouvrement devient douteux, ou passer la créance en perte quand il devient irrécouvrable. C'est ce que le référentiel comptable de la zone prévoit, et c'est ce qui n'est presque jamais fait dans les délais.

La raison est humaine avant d'être technique. Déprécier une créance, c'est reconnaître par écrit qu'on ne sera probablement pas payé — donc renoncer, au moins comptablement. Tant qu'on ne l'écrit pas, on peut encore espérer. Le résultat de l'exercice s'en trouve d'ailleurs mieux, ce qui n'incite personne à presser le mouvement.

L'entreprise se retrouve donc avec un actif qui affiche une valeur que personne dans la maison ne défendrait à voix haute.

Ce que cela fausse, et ce n'est pas seulement le bilan

Le résultat. Une créance jamais dépréciée est un produit constaté qui ne s'est pas matérialisé en argent. L'exercice paraît meilleur qu'il n'a été. L'impôt, lui, se calcule sur ce résultat-là.

Les décisions. Un dirigeant qui pilote sur un chiffre d'affaires dont une part n'a jamais été encaissée surestime sa capacité à investir, à recruter, à s'engager sur un loyer. La tension de trésorerie qu'il subit lui paraît inexplicable — elle est pourtant parfaitement lisible dans son propre bilan.

La valorisation. Le jour d'une cession, d'une entrée d'associé ou d'une transmission, l'acquéreur retraitera. Ce que le dirigeant a évité d'écrire pendant cinq ans se paiera en une seule fois, dans la négociation.

Et surtout : le crédit. C'est le point qui coûte le plus cher, et le plus vite.

Pourquoi votre banquier le voit avant vous

Un analyste crédit ne lit pas un bilan comme un dirigeant le lit. Il ne cherche pas ce que l'entreprise possède : il cherche ce qu'elle possède réellement, et il retraite systématiquement.

Le poste clients est l'un des premiers qu'il attaque, avec deux outils simples.

D'abord le délai moyen de règlement client : le rapport entre l'encours clients et le chiffre d'affaires, ramené en jours. Ce ratio se compare à ce que le marché pratique. Rappelons les repères déclarés au Cameroun : 68 jours pour les PME, 72 jours pour les moyennes entreprises, 43 jours pour les grandes. Une entreprise qui affiche 140 jours ne se voit pas accorder le bénéfice du doute — l'analyste en déduit que l'encours contient des créances qui ne rentreront pas.

Ensuite la balance âgée, s'il l'obtient. Elle répartit l'encours par ancienneté. Tout ce qui dépasse largement les conditions contractuelles est traité comme douteux, quelle que soit l'opinion du dirigeant sur le client concerné.

Le résultat de ce retraitement, le dirigeant ne le voit pas. Il voit un refus, ou des conditions moins bonnes que prévu, souvent sans explication détaillée — les banques n'ont pas d'obligation de motiver. Et il en conclut que le dossier a été mal compris, alors qu'il a été parfaitement compris.

Ce qu'il faut faire, dans cet ordre

Sortir une balance âgée. Votre comptabilité la produit. Elle répartit l'encours client par tranches d'ancienneté. Si vous n'en avez jamais vu une, c'est le premier document à demander — et son examen prend un quart d'heure.

Classer honnêtement. Trois catégories suffisent : ce qui rentrera, ce qui rentrera peut-être, ce qui ne rentrera pas. L'exercice est désagréable et il est court. La plupart des dirigeants savent déjà, sans se l'être formulé, dans quelle colonne va chaque client.

Déprécier ce qui doit l'être. Oui, cela dégrade le résultat de l'exercice. C'est exactement le point : le résultat affiché jusque-là était faux, et il l'était dans le sens qui vous dessert le jour où cela compte. Un bilan plus petit mais crédible finance mieux qu'un bilan gonflé qu'un analyste retraitera de toute façon — en plus sévère, et sans vous en parler.

Traiter avant de comptabiliser. Une créance de moins de quatre-vingt-dix jours se relance. Au-delà d'un an, elle se négocie comme une perte partielle. Entre les deux, les voies de recouvrement ont un sens économique. La dépréciation vient constater le résultat de ce tri — elle ne le remplace pas.

Corriger la cause en amont. Un encours qui dérive ne vient pas d'un accident : il vient de l'absence de règle d'octroi, de plafond par client et de revue régulière du portefeuille. Sans cela, la même situation se reconstitue en deux exercices.

Le bénéfice inattendu

Un dirigeant qui présente à sa banque une balance âgée propre, un encours dont il connaît la structure, et des dépréciations passées au bon moment ne se contente pas d'avoir un bilan plus sincère.

Il envoie un signal que très peu d'entreprises envoient dans la zone : celui d'une maison qui sait ce qu'elle possède. Dans un système financier où l'asymétrie d'information est le premier motif de refus, ce signal vaut souvent davantage que quelques points de ratio.


Questions fréquentes


Sources

  • Délais de paiement clients (68 jours PME, 72 jours moyennes entreprises, 43 jours grandes entreprises) : enquête du GECAM — Groupement des Entreprises du Cameroun, né en décembre 2023 de la fusion du GICAM et d'ECAM — auprès de ses entreprises membres.
  • Traitement des créances douteuses et des dépréciations : référentiel comptable SYSCOHADA révisé, applicable dans les États parties à l'OHADA.
  • Délai de paiement de l'État à ses prestataires (120 jours en 2023, 160 en 2024, plus de 200 en 2025) : direction de la Trésorerie, ministère des Finances, réunion de coordination du 6 février 2026 à Yaoundé.

Article rédigé le 3 août 2026. Les données chiffrées sont vérifiées à cette date. Cet article expose des principes généraux et ne constitue pas un avis comptable ou fiscal individualisé.

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