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Zéro droit de douane vers la Chine : la vraie nouvelle n'est pas le zéro, c'est les 40 %

Zéro droit de douane vers la Chine : la vraie nouvelle n'est pas le zéro, c'est les 40 %

Kay Atangana
Kay Atangana · 金融工程师
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Depuis le 1er mai 2026, un exportateur camerounais peut expédier vers la Chine sans acquitter le moindre droit de douane à l'entrée. Cent pour cent des lignes tarifaires. Aucune exception sectorielle.

C'est une décision considérable, et elle a été annoncée sans que grand monde, ici, ne s'y attarde.

Elle mérite pourtant qu'on s'y arrête — mais pas pour la raison qu'on croit. Ce qui va décider de ce que cette mesure vous rapporte n'est pas le zéro. C'est un seuil de 40 % dont presque personne ne parle.


Ce qui a changé, exactement

Il faut d'abord être précis, parce que la mesure a été annoncée en plusieurs temps et que les deux étapes sont souvent confondues.

Septembre 2024, sommet du FOCAC à Pékin. Xi Jinping annonce l'application d'un tarif douanier nul sur 100 % des lignes tarifaires aux pays les moins avancés entretenant des relations diplomatiques avec la Chine — dont trente-trois pays africains. La mesure entre en vigueur le 1er décembre 2024. Le Cameroun, qui n'est pas classé parmi les PMA, n'en bénéficie pas.

Juin 2025. Pékin propose d'étendre le dispositif à l'ensemble des cinquante-trois pays africains avec lesquels il entretient des relations diplomatiques, par la signature d'Accords de partenariat économique pour un développement partagé (APECA).

14 février 2026. Dans un message adressé au 39ᵉ sommet de l'Union africaine, Xi Jinping confirme l'élargissement.

1er mai 2026. Le traitement s'applique pleinement aux cinquante-trois pays — tous les États africains à l'exception de l'Eswatini, qui reconnaît Taïwan. La Chine devient la première grande économie à ouvrir totalement son marché au continent. Un système dédié de délivrance de certificats d'origine est lancé le même jour pour une vingtaine de pays.

Le Cameroun, lui, avait signé son accord-cadre le 10 décembre 2025 au ministère des Relations extérieures. Le ministre du Commerce l'a présenté comme « la première étape d'un processus visant à établir un partenariat économique orienté vers l'accès au marché, le développement de l'industrie manufacturière et la modernisation de l'agriculture ».

Retenez cette phrase. Elle dit, en langage diplomatique, tout ce que la suite de cet article va détailler : l'accès au marché est donné, l'industrie manufacturière reste à développer.


Soixante ans avant le 1er mai 2026

On ne comprend pas cette décision si on la lit comme une nouvelle de l'année. Elle est l'aboutissement d'une trajectoire longue, dont les premières étapes ont été posées quand la Chine était plus pauvre que la plupart des pays qu'elle recevait.

14 décembre 1963 – 4 février 1964. Le Premier ministre chinois Zhou Enlai entreprend une tournée de dix pays africains indépendants. Au cours de ce voyage, il énonce les Huit principes de l'aide économique et de l'assistance technique — un texte qui structurera la politique extérieure chinoise pendant des décennies, et dont l'idée maîtresse est que l'aide ne doit s'accompagner d'aucune condition politique.

À cette date, la Chine sort tout juste du Grand Bond en avant. Elle n'a pas les moyens de sa générosité. Elle la déploie quand même.

1967. La Tanzanie et la Zambie cherchent à financer une voie ferrée reliant la Zambie, enclavée, au port de Dar es-Salaam. Les bailleurs occidentaux refusent : le projet n'est pas jugé rentable. Pékin accepte. Le TAZARA est construit entre 1970 et 1975, clés en main, par des ouvriers chinois. Il reste, un demi-siècle plus tard, le symbole le plus cité de la relation sino-africaine — et le rappel le plus efficace que la Chine a financé ce que d'autres avaient écarté.

25 octobre 1971. L'Assemblée générale des Nations unies adopte la résolution 2758, qui restitue à la République populaire de Chine son siège. Sur les soixante-seize votes favorables, vingt-six sont africains. Mao Zedong résumera l'épisode d'une formule que la diplomatie chinoise n'a jamais cessé de citer depuis : ce sont « les amis africains qui ont porté la Chine aux Nations unies ».

Cette dette-là, réelle ou entretenue, est le socle narratif sur lequel tout le reste s'est bâti.


De la solidarité politique à l'accès au marché

La bascule vers l'économique est plus récente, et son rythme est instructif.

2000. Création du Forum sur la coopération sino-africaine, à Pékin. Les premiers engagements portent sur l'allégement de la dette, les infrastructures et l'investissement.

2003, deuxième FOCAC. La Chine offre pour la première fois un accès en franchise de droits à des produits en provenance des PMA africains. C'est l'acte de naissance du dispositif dont nous parlons aujourd'hui.

2006. Plus de 440 produits des PMA africains entrent en Chine sans droits. La même année, le troisième FOCAC est élevé au rang de sommet de chefs d'État — comme le seront ceux de Johannesburg en 2015 et de Pékin en 2018.

2024. On passe de 440 produits à 100 % des lignes tarifaires. Puis, en 2026, de trente-trois pays à cinquante-trois.

Vingt-trois ans pour aller d'une liste de produits à l'ouverture totale. Ce n'est pas un geste d'humeur : c'est une politique publique conduite avec constance sur deux décennies, sous quatre présidences chinoises différentes.


Ce que la mesure coûte à la Chine, et c'est là que ça devient intéressant

Voici le calcul que la couverture médiatique ne fait presque jamais.

En 2025, les exportations chinoises vers l'Afrique ont atteint 225 milliards de dollars, en hausse de 25,8 %. Les importations chinoises en provenance d'Afrique se sont établies à 123 milliards. Le commerce sino-africain total a franchi le record de 348 milliards de dollars, et la Chine reste le premier partenaire commercial du continent pour la dix-septième année consécutive.

Autrement dit : la Chine vient de supprimer les droits de douane sur le plus petit des deux flux — celui qui représente une fraction modeste de ses importations totales. Le coût budgétaire est faible. Le rendement diplomatique est considérable.

Cela n'enlève rien à la mesure. Cela dit simplement ce qu'elle est : une décision stratégique lucide, pas un sacrifice. Et une décision dont le calendrier n'a rien d'anodin.

Car pendant que Pékin élargit unilatéralement son ouverture, le régime préférentiel américain a connu une trajectoire inverse : l'AGOA — qui accorde un accès en franchise au marché américain à trente-deux pays d'Afrique subsaharienne éligibles — a expiré le 30 septembre 2025 sans reconduction immédiate, avant d'être réautorisé rétroactivement par une loi budgétaire ultérieure. (Les sources consultées divergent sur l'horizon exact de cette reconduction ; nous ne le tranchons pas ici.)

La différence de nature est ce qui compte. L'AGOA est conditionnel : l'éligibilité se révise, se suspend, se retire — plusieurs pays africains en ont fait l'expérience. Le dispositif chinois est unilatéral et sans contrepartie demandée. Pour un exportateur qui doit décider où investir dans une capacité de production sur cinq ans, cette différence de prévisibilité vaut davantage que quelques points de droits.


La vraie nouvelle : les 40 %

Venons-en au cœur du sujet.

Un droit de douane à zéro ne s'obtient pas parce qu'on est camerounais. Il s'obtient parce que la marchandise est originaire. Et l'origine, en commerce international, est une notion technique qui obéit à des règles précises.

Trois voies permettent de qualifier :

  • le produit est entièrement obtenu dans le pays bénéficiaire — une matière première agricole ou minière, par exemple ;
  • il est fabriqué exclusivement à partir de matières elles-mêmes originaires ;
  • il a subi une transformation suffisante à partir de matières non originaires — appréciée par un changement de classification tarifaire, ou par un critère de valeur ajoutée régionale d'au moins 40 %.

À quoi s'ajoute une exigence formelle : un certificat d'origine délivré par un organisme habilité. Sans ce document, la franchise ne s'applique pas, quelle que soit la réalité de la production.

Maintenant, observez ce que ce mécanisme produit.

Une fève de cacao brute, un tronc, un ballot de coton non transformé qualifient sans difficulté : ils sont entièrement obtenus au Cameroun. Mais ces produits-là supportaient déjà des droits faibles à l'entrée en Chine. Le gain réel est marginal.

À l'inverse, les produits sur lesquels la franchise vaut le plus cher — les biens transformés, ceux qui supportaient les droits les plus élevés — sont précisément ceux qui doivent franchir la barre des 40 % de valeur ajoutée régionale. C'est-à-dire ceux qui exigent une capacité de transformation locale réelle.

La mesure récompense donc exactement ce que le pays ne fait pas encore.

Ce n'est pas un défaut de conception chinoise. C'est la mécanique normale de toute préférence tarifaire : elle profite d'abord à qui sait déjà s'en servir. C'est pourquoi les analystes anticipent que les gains se concentreront en Afrique du Sud, au Maroc et au Kenya — des économies qui transforment déjà — pendant que les autres resteront handicapées par l'électricité, les ports et la logistique.

Une chercheuse le formule sans détour : les droits de douane sont rarement la contrainte principale de la transformation industrielle africaine.


Ce que le zéro ne finance pas

Il y a un second obstacle, et celui-là est directement le nôtre.

Supposons que vous ayez la capacité de transformation. Vous atteignez les 40 %. Vous obtenez votre certificat d'origine. Que se passe-t-il ensuite ?

Vous devez acheter la matière première — souvent au comptant, souvent en saison. Vous devez produire. Vous devez payer le fret vers l'Asie. Puis vous attendez : le transit maritime, le dédouanement, la réception, et enfin le règlement de votre acheteur chinois selon les termes que vous aurez négociés.

Entre le décaissement de votre premier franc et l'encaissement du dernier, il s'écoule plusieurs mois. C'est un besoin en fonds de roulement pur, massif, concentré, et aucun droit de douane supprimé ne le couvre.

C'est là que se joue la différence entre une entreprise qui exportera et une entreprise qui aura seulement eu le droit de le faire. Les instruments existent — crédit documentaire, préfinancement d'exportation, mobilisation de créance à l'export, couverture du risque acheteur. Ils sont classiques, les banques de la zone savent les traiter, et ils sont très peu sollicités parce que peu d'entreprises savent qu'ils s'appliquent à leur situation.

Un exportateur qui se présente à sa banque avec un contrat chinois, un certificat d'origine et un plan de trésorerie de campagne n'a pas le même dossier que celui qui vient demander un découvert.


Le cas camerounais, en deux chiffres

En 2024, le Cameroun a importé pour environ 1 100 milliards de FCFA de Chine et lui a exporté pour environ 500 milliards.

Le pays achète donc plus du double de ce qu'il vend à son premier partenaire commercial.

Une franchise douanière agit sur le second terme. Elle ne fait rien au premier. Le rééquilibrage, s'il a lieu, ne viendra pas de la mesure elle-même mais de ce que les entreprises camerounaises en feront — et cela suppose de traiter les deux contraintes que nous venons de décrire : la transformation locale, et le financement du cycle.

L'accord-cadre du 10 décembre 2025 nomme d'ailleurs correctement les trois volets : accès au marché, industrie manufacturière, modernisation de l'agriculture. Le premier est acquis. Les deux autres sont du travail.


Ce qu'il faut faire, concrètement

Établissez si vos produits qualifient — et par quelle voie. Entièrement obtenu, matières originaires, ou transformation suffisante ? Si vous êtes dans le troisième cas, le calcul des 40 % de valeur ajoutée régionale doit être fait produit par produit, pas en moyenne. C'est un exercice comptable, pas juridique, et il se mène sur votre structure de coûts réelle.

Identifiez l'organisme habilité à délivrer votre certificat d'origine et testez la procédure sur une petite expédition. Ne découvrez pas le circuit administratif sur votre première commande importante.

Chiffrez le cycle avant de chercher le client. Combien de mois entre le premier décaissement et l'encaissement ? Quel pic de trésorerie ? Cette réponse détermine si votre projet d'export est finançable — et elle doit précéder la négociation commerciale, pas la suivre.

Traitez la question du paiement dès le premier échange. Le crédit documentaire irrévocable existe pour cela. Un exportateur qui vend à l'international sur simple confiance reproduit, à 12 000 kilomètres et dans une langue qu'il ne parle pas, l'erreur que nous voyons tous les jours sur le marché intérieur.

Ne construisez rien sur une annonce. La mesure du 1er mai 2026 est en vigueur et utilisable. Les étapes suivantes de l'APECA restent à négocier. On travaille sur ce qui s'applique, on anticipe le reste.


Questions fréquentes


Sources

  • Annonce du tarif nul sur 100 % des lignes tarifaires pour les PMA à relations diplomatiques (33 pays africains), sommet du FOCAC, Pékin, septembre 2024 ; entrée en vigueur le 1er décembre 2024.
  • Extension à l'ensemble des 53 pays africains — proposition de juin 2025 (Accords de partenariat économique pour un développement partagé), confirmation par Xi Jinping dans son message au 39ᵉ sommet de l'Union africaine le 14 février 2026, application pleine au 1er mai 2026. Seul État africain non couvert : l'Eswatini.
  • Règles d'origine : produit entièrement obtenu, matières originaires, ou transformation suffisante (changement de classification tarifaire ou valeur ajoutée régionale d'au moins 40 %, sous réserve de règles spécifiques par produit) ; certificat d'origine délivré par un organisme habilité ; système de délivrance dédié lancé le 1er mai 2026 pour une vingtaine de pays.
  • Commerce sino-africain 2025 : 348 milliards USD au total ; 225 milliards USD d'exportations chinoises vers l'Afrique (+25,8 %) contre 123 milliards USD d'importations depuis l'Afrique. Chine premier partenaire commercial du continent pour la 17ᵉ année consécutive.
  • Cameroun–Chine : accord-cadre signé le 10 décembre 2025 au ministère des Relations extérieures ; échanges 2024 d'environ 1 100 Md FCFA d'importations contre 500 Md FCFA d'exportations.
  • Histoire : tournée africaine de Zhou Enlai du 14 décembre 1963 au 4 février 1964 (dix pays) et énoncé des Huit principes de l'aide économique ; financement chinois du TAZARA accepté en 1967 après refus des bailleurs occidentaux, construction 1970-1975 ; résolution 2758 de l'Assemblée générale des Nations unies du 25 octobre 1971, 76 voix favorables dont 26 africaines.
  • FOCAC : création en 2000 ; première franchise douanière offerte aux PMA africains lors du deuxième forum en 2003 ; plus de 440 produits en franchise en 2006 ; sommets de chefs d'État en 2006 (Pékin), 2015 (Johannesburg) et 2018 (Pékin).
  • AGOA : régime préférentiel non réciproque américain, 32 pays d'Afrique subsaharienne éligibles ; expiration le 30 septembre 2025 sans reconduction immédiate, puis réautorisation rétroactive. Les sources consultées divergent sur l'horizon exact de la reconduction — nous ne le tranchons pas.
  • Limites du dispositif (concentration attendue des gains sur les économies déjà transformatrices, contraintes d'infrastructure, risque de spécialisation sur les matières premières, asymétrie commerciale) : analyse académique publiée par The Conversation.

Article rédigé le 3 août 2026. Les données chiffrées sont vérifiées à cette date. Le dispositif étant en cours de déploiement et les modalités de certification d'origine variant selon les pays, cet article sera mis à jour à mesure que les procédures applicables au Cameroun seront précisées.

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