Deux rendez-vous majeurs sont annoncés au Cameroun pour septembre 2026, dont un forum qui fixera les orientations de la Banque islamique de développement pour les trois années suivantes, alignées sur les priorités nationales : infrastructures, agriculture, santé, énergie, inclusion financière.
Un exercice de cadrage triennal n'est pas un colloque. C'est le moment où se décide ce qu'une institution financera et ce qu'elle ne financera pas, et où les projets qui existent déjà sous forme instruite prennent une longueur d'avance sur ceux qui existent sous forme d'intention.
Ce corridor est, à ce jour, l'un des moins encombrés d'Afrique centrale. Il vaut la peine d'en décrire l'état réel plutôt que la promesse.
Ce qui existe déjà, en chiffres
La Banque islamique de développement et ses entités revendiquent au Cameroun un portefeuille de l'ordre de 615 milliards de francs CFA, réparti sur quelque 80 opérations, orientées principalement vers les infrastructures et les activités agropastorales.
Ce n'est pas une intention de coopération : c'est un encours, constitué sur des années, avec des procédures rodées et des interlocuteurs identifiés.
Le mouvement est actif. Le décret n° 2026/2061 du 30 juillet 2026 autorise la signature de trois accords de financement avec la Banque islamique de développement pour un projet de développement rural intégré. Côté secteur privé, la Société islamique pour le développement du secteur privé, filiale du groupe, a signé avec une banque camerounaise une facilité syndiquée de 50 millions d'euros — environ 32,8 milliards de francs — orientée vers les petites et moyennes entreprises. Les échanges avec la Société internationale islamique de financement du commerce portent par ailleurs sur des entreprises stratégiques du pays.
Enfin, l'encours de finance islamique atteint plus de 70 milliards de francs chez un seul établissement camerounais, dans un pays où environ 20 % de la population est de confession musulmane et qui dispose d'un cadre opérationnel pionnier en zone CEMAC depuis 2015.
Pourquoi ce corridor reste sous-exploité
Trois raisons, et aucune n'est réglementaire.
La première est un défaut de lecture. Vu depuis Riyad, Doha ou Djeddah, le Cameroun apparaît dans la catégorie « Afrique subsaharienne francophone », c'est-à-dire dans un bloc où l'on n'entre pas sans relais. Or le pays est membre de l'Organisation de la coopération islamique, ce qui n'en fait pas un marché exotique pour un investisseur du Golfe : cela en fait un marché éligible aux instruments qu'il utilise déjà.
La deuxième est un problème de conformité perçue. Beaucoup d'acteurs supposent qu'un financement conforme suppose un écosystème conforme complet — banque, produits, gouvernance, audit — et concluent que la zone n'est pas prête. La réalité est plus nuancée : le règlement CEMAC relatif aux conditions d'exercice et de contrôle de l'activité de finance islamique permet depuis le 1er janvier 2023 à un établissement de crédit ou de microfinance de la zone d'exercer une activité de finance islamique de façon régulière, à titre partiel, à travers une structure dédiée soumise à autorisation préalable de la COBAC. La porte réglementaire est ouverte depuis plus de trois ans. Ce qui manque n'est pas le droit, c'est le nombre d'établissements ayant construit une fenêtre pleinement conforme.
La troisième, et c'est la vraie, est l'absence de dossiers. Un investisseur du Golfe qui décide d'allouer sur le Cameroun ne cherche pas une opportunité : il cherche un dossier instruit, avec une structure de propriété claire, des comptes retraités, une sûreté opposable et une conformité documentée. En zone CEMAC, quatre entreprises sur cinq opèrent hors des registres officiels, sans comptabilité certifiée ni états auditables. Le goulot est là, et il n'est pas propre au corridor islamique — il est simplement plus visible ici, parce que le capital est disponible et impatient.
Ce qui rend une opération conforme, concrètement
Un investisseur qui aborde ce corridor pour la première fois gagne à savoir quels instruments passent réellement en pratique dans la zone, et ce qu'ils exigent.
La mourabaha — financement d'un actif tangible acheté puis revendu avec une marge convenue — est l'instrument le plus utilisé, parce qu'il correspond à ce que l'économie locale produit : de la marchandise, de l'équipement, du stock. Elle exige que l'actif existe, soit identifiable et transférable. C'est une exigence documentaire, pas une exigence théologique.
L'ijara, forme de crédit-bail conforme, se prête aux équipements industriels et aux véhicules, et suppose une propriété claire pendant la durée du contrat — donc une inscription en règle.
Les structures de partage — moudaraba, mousharaka — sont les plus alignées avec l'esprit du financement participatif et les moins pratiquées, parce qu'elles supposent une gouvernance et un reporting que peu d'entreprises locales tiennent aujourd'hui. C'est précisément là que se situe la marge de progression.
Le point commun de ces trois familles : elles échouent toutes sur le même obstacle, qui n'est ni la conformité ni le rendement, mais la traçabilité de l'actif et des flux.
La fenêtre de septembre, et ce qu'elle demande
Un forum d'orientation triennal fonctionne comme un comité d'investissement élargi. Ce qui s'y présente en état d'être instruit entre dans le cadrage ; ce qui s'y présente en idée en sort avec une invitation à revenir.
Trois choses se préparent avant, et elles se préparent en semaines, pas en jours :
- La structure de propriété. Qui détient quoi, par quel acte, inscrit où. C'est la première question posée et celle qui élimine le plus vite. En droit OHADA, l'inscription des sûretés et la régularité des actes de société se vérifient — ou se corrigent — mais pas la veille.
- Les comptes retraités. Pas un bilan, une lecture : quelles retraitements ont été opérés, sur quelles bases, avec quel écart par rapport aux comptes publiés. Un investisseur international ne demande pas des comptes parfaits ; il demande des comptes dont il comprend la construction.
- La conformité de l'usage des fonds. Un instrument conforme finance un actif ou une opération identifiée, pas un besoin général. Le dossier doit dire ce que l'argent achète, à qui, à quel prix et selon quel calendrier.
Ce que ce corridor n'est pas
Il faut aussi dire ce qu'il ne faut pas en attendre, parce que la déception vient toujours des mêmes malentendus.
Ce n'est pas un capital moins exigeant. Les critères de risque, de gouvernance et de rendement sont ceux d'un investisseur institutionnel classique, augmentés d'une couche de conformité. L'idée que le financement islamique serait plus indulgent est une erreur coûteuse.
Ce n'est pas non plus un capital rapide. Les circuits de décision d'une institution multilatérale suivent leur propre calendrier, et un forum d'orientation cadre des priorités — il ne signe pas des accords.
Et ce n'est pas un guichet unique. Le groupe compte des entités distinctes, aux mandats différents : souverain, secteur privé, financement du commerce, assurance-investissement. S'adresser à la mauvaise porte coûte des mois.
Ce qu'il faut retenir
L'intérêt du corridor tient à un déséquilibre simple : d'un côté, un encours réel de plusieurs centaines de milliards, un cadre réglementaire ouvert depuis trois ans et un calendrier daté ; de l'autre, très peu d'acteurs qui présentent des dossiers instruits aux standards attendus.
Ce déséquilibre ne durera pas indéfiniment. Il dure aujourd'hui, et septembre est dans quelques semaines.
Article publié le 14 août 2026. Les montants, décrets et opérations cités sont vérifiés à cette date.



