L'adhésion de la BEAC au Système panafricain de paiement et de règlement, le 9 juillet 2026, a été commentée partout comme une bonne nouvelle pour les entreprises. Elle l'est.
Elle a été très peu commentée du point de vue de ceux qui exécutent ces paiements aujourd'hui. C'est pourtant là qu'elle produit son effet le plus immédiat, et il n'est pas symétrique : ce que les entreprises gagnent en délai, les banques le perdent en marge.
Une ligne de produit net bancaire est en train de se comprimer, sans qu'aucune décision interne ne l'ait provoquée.
Ce que le PAPSS déplace, exactement
Un virement entre Douala et Lagos ne va pas de Douala à Lagos. Il part en dollars vers un correspondant hors du continent, y est reconverti, puis redescend. Trois à cinq intermédiaires, chacun prélevant sa part, et un délai qui se compte en jours ouvrés — souvent près d'une semaine, y compris sur les corridors les mieux servis.
Le PAPSS supprime ce détour. Il règle en monnaies locales, directement entre les systèmes de paiement des pays membres, sans devise tierce. Sur les corridors les plus avancés, le règlement se compte désormais en jours plutôt qu'en semaines — le pilote engagé début 2026 sur l'axe Nigeria-Ghana porte sur des transferts par portefeuille électronique, et c'est de ce type de corridor que viendront les premiers ordres de grandeur solides.
Le réseau compte, depuis l'entrée de la BEAC, 28 pays africains, plus de 190 banques commerciales et fintechs, et 16 switches — un périmètre qui s'élargit, donc à re-dater à chaque citation. L'intégration des établissements financiers de la CEMAC est annoncée d'ici fin 2026. Ce n'est pas une perspective : c'est un calendrier d'exécution auquel vos équipes vont être associées dans les prochains mois.
La ligne de revenu que personne n'a encore chiffrée en interne
L'instruction BEAC n° 002/GR/2019 du 10 juin 2019 plafonne la commission des établissements de crédit sur les transferts sortants à 1 % hors taxe du montant de l'opération. S'y ajoute, séparément, la commission de la banque centrale elle-même — 0,5 % hors taxe pour les intermédiaires agréés, 0,25 % pour les Trésors et comptables publics. Ce plafond est connu. Ce qui l'est moins, c'est que cette commission n'est pas la seule rémunération de la chaîne.
S'y ajoutent le spread de change appliqué à la conversion, les frais de correspondant refacturés ou absorbés, et le flottant — les jours pendant lesquels les fonds sont en transit et ne sont ni chez le donneur d'ordre, ni chez le bénéficiaire.
Le PAPSS ne touche pas au plafond de 1 %. Il attaque les trois autres.
- Le spread de change se réduit mécaniquement quand la conversion en devise tierce disparaît : on passe de deux conversions à une.
- Les frais de correspondant disparaissent avec le correspondant.
- Le flottant se contracte fortement, la chaîne d'intermédiaires disparaissant avec le détour.
Autrement dit : la partie réglementée de votre rémunération est intacte, et la partie non réglementée — celle qui n'apparaît sur aucun barème affiché — est celle qui se comprime.
Pourquoi cette rente était déjà fragile
Il serait confortable de lire cela comme une agression extérieure. Ce n'en est pas une, et c'est important pour décider de la réponse.
Les grandes banques internationales résilient depuis des années des relations de correspondance avec des établissements de marchés jugés à haut risque au titre de la lutte anti-blanchiment. Le phénomène a un nom dans la littérature prudentielle — le de-risking — et il se chiffre : le nombre de relations de correspondance actives dans le monde a reculé d'environ un quart depuis 2011, et l'Afrique figure parmi les régions les plus touchées. La cause est économique avant d'être politique : la diligence sur une contrepartie jugée à risque peut coûter jusqu'à 50 000 dollars par an, souvent davantage que ce qu'elle rapporte.
Une rente adossée à un correspondant qui peut vous quitter unilatéralement n'est pas une rente. C'est une dépendance qui rapportait.
Le PAPSS ne détruit donc pas un actif solide. Il rend visible, et rapidement, la fragilité d'un revenu que la plupart des établissements de la zone n'avaient pas classé comme fragile.
Ce que la contrainte réglementaire n'autorise pas
Deux illusions circulent déjà, et elles coûteront cher à qui les entretient devant son conseil.
Première illusion : le PAPSS contournerait la réglementation des changes. Il ne la contourne pas. Le règlement CEMAC n° 02/18, adopté le 21 décembre 2018 et entré en vigueur le 1er mars 2019, impose que les règlements extérieurs passent exclusivement par des intermédiaires agréés, et maintient l'obligation de rapatriement des recettes d'exportation ainsi que l'encadrement des comptes en devises. Le PAPSS est un rail de règlement, pas une dérogation. Votre client continuera de vous demander une autorisation, et vous continuerez de l'instruire.
Seconde illusion : le volume compenserait la marge. Il la compensera peut-être, mais pas dans les délais d'un exercice. Les volumes du système restent modestes rapportés aux grands acteurs de transfert, précisément parce que le réseau est en phase d'extension. Construire un budget sur une hypothèse de substitution volume contre marge, dès 2027, serait une prévision, pas un plan.
Ce qui reste à vendre quand le change intra-africain ne rapporte plus
C'est la seule question qui mérite un point d'ordre du jour.
La réponse tient en une observation : ce qui disparaît, c'est la rémunération du transport ; ce qui reste, c'est la rémunération du jugement. Un paiement qui se règle en deux minutes n'a plus besoin d'être transporté. Il a toujours besoin d'être autorisé, documenté, vérifié.
Trois lignes en découlent, dans l'ordre de leur accessibilité.
Le conseil de change. Un exportateur qui ignore comment structurer ses encaissements pour rester conforme au rapatriement paie aujourd'hui son ignorance en délais et en refus. Il paierait volontiers pour ne plus la payer.
Le financement du cycle, pas seulement du stock. Un paiement qui arrive en deux jours au lieu d'une semaine modifie le besoin en fonds de roulement de votre client. Vous avez, avant lui, l'information qui permet de le lui dire — et de dimensionner la ligne en conséquence.
L'instruction elle-même. Le coût de traitement d'un dossier ne baisse pas avec la vitesse du règlement. Or c'est ce coût, pas le risque, qui décide aujourd'hui de ce que vous acceptez d'instruire. C'est aussi la seule des trois lignes qui se défend devant un régulateur en période de resserrement du capital.
Ce qu'il faut retenir
Le calendrier est court : l'intégration des établissements de la zone est annoncée d'ici fin 2026. La question posée à chaque direction générale n'est pas d'y adhérer — la BEAC l'a fait — mais de savoir ce qui remplacera, dans le compte de résultat 2027, une ligne qui se comprime dès 2026.
C'est une mauvaise nouvelle pour qui facturait une distance. C'en est une bonne pour qui facture une compétence : celle-là ne se désintermédie pas.
Article publié le 30 août 2026. Les faits réglementaires cités sont vérifiés à cette date. L'intégration effective des établissements de la CEMAC étant en cours, cet article sera mis à jour à mesure que les corridors s'ouvrent.
Questions fréquentes
Sources
- Adhésion de la Banque des États de l'Afrique centrale au Pan-African Payment and Settlement System, annoncée le 9 juillet 2026 : Afreximbank (communiqué).
- Périmètre du réseau — 28 pays, plus de 190 banques commerciales et fintechs, 16 switches ; intégration des établissements financiers de la CEMAC d'ici fin 2026 : Afreximbank, juillet 2026.
- Règlement en monnaies locales sans devise tierce : Afreximbank / PAPSS. Les gains de délai par corridor circulent surtout via des publications sectorielles ; le pilote Onafriq-PAPSS sur l'axe Nigeria-Ghana, engagé début 2026, porte sur des transferts par portefeuille électronique.
- Obligation de passer par des intermédiaires agréés pour les règlements extérieurs : Règlement n° 02/18/CEMAC/UMAC/CM, adopté le 21 décembre 2018, entré en vigueur le 1er mars 2019.
- Plafond de 1 % hors taxe sur la commission des établissements de crédit pour les transferts sortants, la commission BEAC s'y ajoutant séparément (0,5 % HT pour les intermédiaires agréés, 0,25 % pour les Trésors et comptables publics) : instruction BEAC n° 002/GR/2019 du 10 juin 2019.
- De-risking : recul d'environ un quart des relations de correspondance bancaire actives dans le monde depuis 2011, l'Afrique parmi les régions les plus touchées ; coût de diligence pouvant atteindre 50 000 dollars par an et par contrepartie à risque : Banque des règlements internationaux et travaux académiques sur le sujet.
