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L'argent de la diaspora camerounaise arrive. Il ne construit presque rien.

L'argent de la diaspora camerounaise arrive. Il ne construit presque rien.

Kay Atangana
Kay Atangana · Financial engineer
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Les Camerounais de l'étranger transfèrent chaque année des centaines de milliards de francs CFA vers leur pays d'origine. Les estimations publiques varient selon le périmètre retenu — les canaux formels seuls, ou l'ensemble incluant le mobile money — mais toutes convergent sur un point : rapportés au PIB national, ces flux pèsent environ un pour cent.

Au Sénégal, le même ratio dépasse 10 %. Aux Comores, il atteint 13 %. Au Togo, 8,45 %. Au Ghana, 6 %. Le Cameroun n'est pas seulement en retard sur ces pays — il l'est d'un ordre de grandeur entier, et ce constat tient quelle que soit l'estimation retenue pour le Cameroun.

Cet écart n'a rien d'anecdotique, et il ne s'explique pas par une diaspora moins nombreuse, moins active ou moins généreuse. Il s'explique par une différence structurelle précise, que ce texte se propose de nommer.

La trajectoire ne trompe pas

Les volumes recensés progressent d'année en année, et ils sont probablement sous-estimés : l'informel, par nature non comptabilisé, représente classiquement deux à trois fois le volume officiel dans ce type de flux. Les estimations publiques divergent d'ailleurs sensiblement selon le canal mesuré — un désaccord qui, en soi, dit quelque chose de la faible traçabilité de ces flux.

Le canal se démocratise vite : les transferts via mobile money en zone CEMAC ont bondi de 77 % en une seule année (2024), selon Financial Afrik. L'argent de la diaspora circule donc plus aisément que jamais. La question qui reste sans réponse est celle de sa destination : où va-t-il, une fois arrivé ?

Ce que le Sénégal a fait différemment

La comparaison avec le Sénégal n'est pas anodine — elle est instructive. Le Sénégal dispose depuis des décennies d'une institution publique dédiée, la Caisse des Dépôts et Consignations, avec une filiale immobilière (CDC Habitat) construite spécifiquement pour capter l'épargne de la diaspora vers des programmes fonciers viabilisés. Il dispose également, plus récemment, d'initiatives privées structurées — des tontines immobilières formalisées par contrat notarié et couverture assurantielle, transformant une pratique communautaire ancienne en véhicule d'investissement traçable.

Le Cameroun, à l'inverse, a connu une rupture institutionnelle précise : la privatisation du parc de logement public en 1988, sous le Programme d'Ajustement Structurel négocié avec le FMI et la Banque mondiale, a mis fin à l'ère où l'État jouait un rôle actif de structuration du logement — sans qu'un relais comparable à la CDC sénégalaise n'émerge côté privé pour la diaspora spécifiquement. Le vide qui en résulte n'est donc pas récent : il a près de quarante ans, et il n'a simplement jamais été comblé pour ce public précis.

L'écart entre environ un pour cent et dix pour cent n'est donc pas un écart de richesse ou de volonté. C'est un écart d'infrastructure financière.

Le vide réglementaire qui persiste

Ce diagnostic trouve une confirmation récente et concrète. Le 13 mars 2026, la Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) a publié une note ouvrant, pour la première fois, les mêmes droits de compte aux non-résidents qu'aux résidents dans les huit pays de l'UEMOA. Aucune réforme équivalente n'existe côté BEAC, l'institution monétaire qui couvre le Cameroun et les cinq autres pays de la CEMAC.

Le cadre réglementaire des fonds d'investissement immobilier existe pourtant en zone CEMAC depuis 2023, sous l'autorité de la COSUMAF — mais les deux seuls véhicules agréés à ce jour imposent un ticket d'entrée d'environ un million de francs CFA, avec un minimum de cent parts. Autrement dit : le cadre existe pour l'investisseur institutionnel, pas pour le salarié qui met de côté une part de son revenu chaque mois.

Ce que ce chiffre dit vraiment

Ce ratio n'est pas un plafond. C'est la photographie d'un système qui n'a pas encore construit le véhicule qui capterait cette épargne vers l'investissement productif plutôt que vers la seule consommation immédiate — aide familiale, soins de santé, frais courants, ce qu'on appelle globalement les frais de bouche.

L'écart avec le Sénégal, les Comores ou le Togo montre une chose simple et encourageante : ce ratio n'est pas fixé par la culture, il est fixé par l'infrastructure. Et une infrastructure, contrairement à une culture, se construit.

Questions fréquentes


Sources

  • Transferts de fonds vers le Cameroun — estimations publiques divergentes selon le périmètre retenu : les sources nationales avancent de l'ordre de 652 milliards de FCFA pour 2024, quand la série Banque mondiale en dollars situe les flux formels plus bas. Le ratio au PIB s'établit autour de 1 % ; il était mesuré à 0,8 % en 2022. Cet article ne s'appuie volontairement sur aucune valeur ponctuelle : l'écart d'un ordre de grandeur avec le Sénégal, les Comores, le Togo et le Ghana est établi quelle que soit l'estimation retenue.
  • Comparatif régional (Comores 13 %, Sénégal 10 %, Togo 8,45 %, Ghana 6 %) — cohérent avec CARTOGRAPHIE_PROBLEMES_MBOA_MAKE_V2.md (§8, corrigé le 22/07/2026).
  • Financial Afrik — transferts via mobile money en zone CEMAC, +77 % en 2024.
  • BCEAO — Note n° 001-03-2026 (13 mars 2026), Règlement n° 06/2024/CM/UEMOA (décembre 2024).
  • COSUMAF — agréments des véhicules d'investissement collectif immobilier en zone CEMAC (depuis 2023, Financia Asset Management).
  • Osidimbea / Métropolitiques / Cairn.info — histoire de la Société Immobilière du Cameroun et impact du Programme d'Ajustement Structurel de 1988.
  • Cohérence interne : chiffres alignés avec MBOA_MAKE_DIASPORA_STRATEGY.md et le manuscrit de l'ebook Le Guide de l'Investisseur Diaspora.

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