520 milliards. Ce que l'État vous doit n'est pas un trou de trésorerie — c'est un actif que vous n'avez pas documenté.

520 milliards. Ce que l'État vous doit n'est pas un trou de trésorerie — c'est un actif que vous n'avez pas documenté.

Kay Atangana
Kay Atangana · Ingénieur financier
··8 min de lecture·
créance sur l'Étatarriéréstrésorerie PMECameroundette flottante

Derrière ce chiffre, il y a des entreprises comme la vôtre qui ont livré, facturé, payé leurs propres fournisseurs, et attendent.

Vous connaissez déjà cette situation mieux que n'importe quelle statistique. Ce que vous connaissez moins, c'est ce que votre banquier en fait quand vous la lui présentez — et pourquoi deux entreprises portant la même créance sur le même ministère n'obtiennent pas du tout la même réponse.

L'attente s'est allongée, et il faut le dire précisément

Le délai moyen de paiement de l'État était d'environ 120 jours en 2023. Il est passé à 160 jours en 2024, puis a dépassé 200 jours en 2025 — chiffres révélés le 6 février 2026 à Yaoundé par la direction de la Trésorerie du ministère des Finances.

Ces délais sont à comparer aux normes : 60 jours au niveau national, 90 jours au niveau CEMAC. L'État paie aujourd'hui en plus de trois fois le délai qu'il s'est lui-même fixé.

Ces 520,2 milliards représentent à eux seuls plus de la moitié des restes à payer de l'État, qui atteignaient 1 026,3 milliards de francs CFA à fin mars 2026, contre 853,7 milliards un an plus tôt — soit 172,6 milliards de plus en douze mois.

Deux cents jours, c'est plus de six mois et demi. Sur une marge de 12 %, une entreprise qui finance six mois et demi d'attente avec un découvert à 14 % l'an a déjà consommé l'essentiel du bénéfice de l'affaire avant d'être payée.

Ce n'est pas une question de rentabilité de votre marché. C'est une question de coût du temps, et ce coût est aujourd'hui supérieur à ce que la plupart des dossiers avaient prévu.

La confusion qui vous coûte le plus cher

Presque tous les dirigeants dans cette situation décrivent leur problème de la même manière : « j'ai un problème de trésorerie ».

C'est une description exacte du symptôme, et une mauvaise description du problème. Elle oriente vers la mauvaise solution — un découvert, un allongement fournisseur, un apport personnel — c'est-à-dire vers des instruments qui coûtent cher et ne règlent rien.

Vous n'avez pas un trou. Vous avez un actif : une créance sur une contrepartie qui, quels que soient ses retards, ne fait pas faillite. Cet actif est, en théorie, l'un des plus solides qu'une PME camerounaise puisse détenir.

En pratique, il ne finance rien. Pas parce qu'il est mauvais, mais parce qu'il n'est pas documenté au standard qui permet de s'appuyer dessus.

Ce qui sépare une créance finançable d'une créance qui dort

Un établissement qui accepte de préfinancer une créance publique ne se demande pas si l'État paiera. Il se demande trois choses, dans cet ordre.

La créance est-elle certaine, liquide et exigible ? Certaine, c'est-à-dire non contestée dans son principe. Liquide, c'est-à-dire chiffrée sans ambiguïté. Exigible, c'est-à-dire échue. Une facture émise sur un service partiellement contesté ne remplit aucune des trois conditions, même si le contestataire a tort.

La chaîne de pièces est-elle complète et cohérente ? Marché ou bon de commande, ordre de service, procès-verbal de réception, décompte, facture, attestation de service fait. Chaque pièce doit désigner la même prestation, avec les mêmes montants et les mêmes dates. C'est ici que la majorité des dossiers s'arrêtent — non parce qu'une pièce est fausse, mais parce qu'une pièce manque ou qu'une date ne concorde pas.

La créance est-elle enregistrée là où elle devient opposable ? Une créance reconnue par l'administration et inscrite dans les circuits de la dette n'a pas le même statut qu'une facture posée sur un bureau. C'est cette reconnaissance qui transforme votre attente en position.

Ces trois conditions ne dépendent pas de l'État. Elles dépendent entièrement de votre propre organisation, et elles se préparent avant le retard, pas pendant.

Les trois gestes à faire avant d'attendre

Premier geste : arrêter la position, par débiteur et par âge. Combien vous doit-on, par ministère ou établissement, sur quelles pièces, échues depuis combien de jours. Cette balance ne sert pas à vous décourager : c'est le premier document que vous devrez présenter, et l'absence de cette balance est en soi un signal négatif — elle suggère que l'entreprise ne sait pas ce qu'on lui doit.

Deuxième geste : compléter les chaînes de pièces les plus anciennes en premier. Une réception non formalisée se régularise d'autant plus difficilement que le temps passe et que les agents changent de poste. Ce travail est ingrat, il ne rapporte rien immédiatement, et il est le seul qui transforme une créance dormante en actif présentable.

Troisième geste : reconstruire le prix de l'affaire avec le coût du temps dedans. Si vous soumissionnez encore aux mêmes conditions qu'en 2023, vous soumissionnez avec une hypothèse de délai qui a été démentie deux fois. Un marché public rémunérateur à 120 jours peut être destructeur à 200. Cette arithmétique se fait avant de répondre, pas après avoir gagné.

Ce qui manque encore, et qu'il faut savoir

Il faut dire honnêtement ce qui n'est pas disponible. La gestion des impayés de l'État souffre d'un manque de transparence documenté : il existe peu d'information publique sur la ventilation sectorielle des créances, sur les délais moyens par nature de dépense, et sur les recours effectivement ouverts à une PME.

Cela a une conséquence pratique : personne ne peut vous dire de manière fiable quand vous serez payé. Toute construction financière qui repose sur une date de paiement annoncée est fragile.

C'est précisément pour cette raison que la solidité du dossier compte davantage que la prévision. Un dossier complet se finance même quand la date reste inconnue ; un dossier incomplet ne se finance pas, même quand la date est proche.

Ce qu'il faut retenir

Les 520,2 milliards ne sont pas votre problème. Ils sont le contexte de votre problème.

Votre problème tient en une phrase : vous détenez un actif sur une contrepartie qui ne fait pas faillite, et cet actif n'est pas en état d'être présenté. Le mettre en état ne dépend ni du Trésor, ni de votre banque, ni de la conjoncture — cela dépend de pièces que vous êtes seul à pouvoir réunir.

C'est une mauvaise nouvelle pour qui attend que la situation se débloque d'elle-même. C'en est une bonne pour qui accepte de traiter sa créance comme ce qu'elle est : un poste de bilan, qui se documente comme tel.

Article publié le 30 août 2026. Les montants d'arriérés et les délais cités sont vérifiés à cette date et évoluent trimestriellement ; cet article sera mis à jour à la prochaine publication.

Questions fréquentes

Sources

  • 520,2 milliards de FCFA d'impayés de l'État camerounais auprès de ses prestataires de biens et services à fin mars 2026, contre 386,7 milliards au premier trimestre 2025 : Caisse autonome d'amortissement (CAA), données publiées en mai 2026.
  • Délais moyens de paiement : environ 120 jours en 2023, 160 jours en 2024, plus de 200 jours en 2025 : direction de la Trésorerie du ministère des Finances, communication du 6 février 2026 à Yaoundé.
  • Restes à payer de l'État : 1 026,3 milliards de FCFA à fin mars 2026, contre 853,7 milliards un an plus tôt (+172,6 milliards) — les impayés aux prestataires en représentent plus de la moitié : CAA, note de conjoncture mensuelle de la dette publique n° 03/26 (mars 2026), publiée le 15 mai 2026.
  • Normes de délai de paiement : 60 jours au niveau national, 90 jours au niveau CEMAC : cadre en vigueur, rappelé par le MINFI.
  • Conditions de la créance certaine, liquide et exigible, et procédure d'injonction de payer : Acte uniforme OHADA portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies d'exécution.
  • Manque de transparence sur la ventilation sectorielle des créances, les délais moyens et les recours : constat documenté par la presse économique nationale, 2026.

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