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Le défaut ne commence pas au premier impayé. Il commence là où vous ne regardez pas encore.

Le défaut ne commence pas au premier impayé. Il commence là où vous ne regardez pas encore.

Kay Atangana
Kay Atangana · 金融工程师
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Un dossier qui bascule en douteux n'a pas basculé le jour où l'échéance n'a pas été honorée. Il a basculé plusieurs mois plus tôt, et l'établissement disposait déjà, dans ses propres systèmes, de la plupart des éléments permettant de le voir venir.

Ce n'est pas un reproche adressé aux directions du risque. C'est une conséquence de la façon dont l'information est organisée : les dispositifs de suivi sont construits autour de l'événement de retard, qui est un fait comptable, alors que la dégradation est un processus comportemental qui le précède largement. On surveille donc admirablement bien la manifestation, et assez mal la cause.

Le chiffre, et ce qu'il ne dit pas

Le volume des créances douteuses au Cameroun a progressé de 14,5 % en glissement annuel sur le dernier exercice recensé par la COBAC. À l'échelle de la CEMAC, l'encours total atteint 1 536 milliards de FCFA, en hausse de 6,3 %. Le FMI a par ailleurs appelé à la vigilance sur la qualité des actifs bancaires camerounais et sur l'imbrication croissante entre les banques et l'État.

Ce diagnostic est exact. Il est aussi incomplet, et l'incomplétude est intéressante.

Un dossier mal structuré à l'entrée explique pourquoi un risque a été accepté. Il n'explique pas pourquoi sa dégradation n'a pas été détectée pendant les mois qui ont précédé le premier incident. Ce sont deux défaillances distinctes, elles appellent deux réponses distinctes, et la seconde est de loin la moins coûteuse à corriger — parce qu'elle ne suppose ni refonte de la politique de crédit, ni renégociation avec le client, ni nouvelle donnée à collecter.

Le contexte rend cette seconde défaillance plus coûteuse qu'elle ne l'était. Au premier trimestre 2026, les crédits nouveaux aux PME camerounaises se sont établis à 336,1 milliards de FCFA, en recul de 18,02 % sur un an, quand la contraction se limite à 5,76 % à l'échelle de la CEMAC. Un portefeuille qui ne se renouvelle plus au même rythme voit mécaniquement le poids relatif de ses encours dégradés augmenter, même à qualité constante de production nouvelle. Le dénominateur travaille contre vous.

Pourquoi la centrale des risques arrive nécessairement trop tard

La centrale des risques remplit correctement sa fonction, mais cette fonction n'est pas la prédiction.

Elle enregistre un incident après qu'il a été constaté, déclaré, et intégré. Entre le moment où une entreprise commence à tendre sa trésorerie et le moment où cette tension devient un incident déclaré dans un fichier partagé, il s'écoule un délai qui se compte en trimestres. Quand l'information vous parvient, elle n'est plus une alerte : elle est une confirmation.

Le corollaire est structurant pour l'organisation d'un dispositif de surveillance : l'information prédictive n'est pas dans les bases partagées, elle est dans vos propres écritures. Un établissement qui attend un signal externe attend, par construction, le signal le plus tardif du système.

Les signaux qui précèdent, et où ils se trouvent

Quatre familles de signaux apparaissent avant le premier retard. Aucune n'exige de collecter une donnée nouvelle.

Le comportement du compte courant. La rupture de saisonnalité est le signal le plus précoce et le plus négligé. Une entreprise dont l'activité a toujours creusé en juillet et rebondi en septembre, et dont le creux ne se referme pas cette année, dit quelque chose que ses états financiers ne diront que dix-huit mois plus tard. De même, la migration progressive des flux d'encaissement vers un autre établissement précède presque toujours la difficulté déclarée : le client ne prévient pas, il déplace.

La structure des utilisations. Un découvert qui cesse de se déboucler — qui reste en permanence à son plafond au lieu d'osciller — a changé de nature sans qu'aucune décision ne l'ait acté. Il ne finance plus un cycle, il finance un déficit. C'est le même encours, la même ligne, le même dossier ; ce n'est plus le même risque.

La concentration. Une entreprise dont le premier client pèse une part croissante du chiffre d'affaires ne devient pas plus solide parce qu'elle grandit. Elle transfère son risque de crédit sur vous, et ce transfert est visible dans les flux bien avant de l'être dans un bilan.

Le prix payé ailleurs. Un emprunteur qui commence à se financer en parallèle à des conditions nettement supérieures aux vôtres signale une contrainte de liquidité qu'il ne vous a pas exposée. L'écart de prix rend le signal lisible : le taux débiteur moyen au Cameroun s'établit à 9,03 % au premier trimestre 2026 — le plus bas de la CEMAC, dont la moyenne ressort à 12,38 % — quand les taux du microcrédit se sont historiquement situés autour de 34 % en Afrique, et que le seuil d'usure publié pour 2026 atteint 33,25 % sur le crédit à la consommation. Un client qui accepte un facteur de trois ou quatre sur son coût de financement ne le fait pas par préférence.

Ce que le SYSCOHADA révisé a rendu lisible

Un changement réglementaire a modifié la matière disponible, et il reste sous-exploité en analyse de crédit.

L'Acte uniforme relatif au droit comptable et à l'information financière, adopté le 26 janvier 2017 et applicable aux comptes personnels depuis le 1er janvier 2018, a introduit le tableau de flux de trésorerie dans les états financiers du système normal.

Sa portée pour une direction du risque est précise : un résultat net positif accompagné d'un flux opérationnel négatif est désormais lisible sur une ligne. Sous l'ancien référentiel, cette configuration — l'entreprise qui déclare gagner de l'argent tout en n'en encaissant pas — devait être reconstituée à partir des variations de postes du bilan. Elle l'était rarement en instruction courante.

Cette configuration n'est pas anormale en soi : c'est le régime d'une entreprise en croissance qui finance son cycle. Elle devient un signal lorsqu'elle persiste sur deux exercices consécutifs sans progression correspondante de l'encaissement. C'est, à notre connaissance, le meilleur indicateur avancé disponible dans une liasse standard.

L'angle mort du portefeuille : ce que vous ne pouvez pas lire

Il faut nommer la limite structurelle, parce qu'elle borne tout dispositif d'alerte.

Le troisième recensement général des entreprises dénombre 430 011 unités au Cameroun, dont 367 109 informelles — 85,4 % d'informalité. Une part considérable de la contrepartie économique réelle ne produit pas d'états financiers exploitables.

Cela a deux conséquences opposées, et il faut tenir les deux. Pour l'entrée en relation, cela signifie qu'une part du marché reste invisible plutôt que refusée — ce qui rejoint exactement le diagnostic COBAC sur la structuration à l'entrée, et explique pourquoi le crédit au secteur privé ne pèse qu'environ 17,5 % du PIB camerounais contre près de 35 % en moyenne africaine. Pour la surveillance, cela signifie qu'un dispositif fondé uniquement sur la liasse comptable ne couvrira jamais qu'une fraction du portefeuille : les signaux de flux, eux, existent pour tout client qui détient un compte.

Ce qui change à l'entrée, et qui allège la surveillance

Deux instruments modifient la structure du risque en amont, et leur sous-utilisation pèse sur les taux de dégradation observés en aval.

Les sûretés du droit uniforme. L'Acte uniforme OHADA portant organisation des sûretés, adopté le 15 décembre 2010, ouvre des instruments encore peu mobilisés en pratique : nantissement sans dépossession inscrit au registre du commerce, nantissement de stock, nantissement de compte bancaire, cession de créance professionnelle à titre de garantie, réserve de propriété, transfert fiduciaire de somme d'argent, statut d'agent des sûretés. Un panier composé sur des actifs circulants suit le cycle du client au lieu d'immobiliser un actif qui ne se réalise qu'au contentieux.

Le rehaussement public. L'arrêté n° 018/PM du 5 février 2026 organise la garantie de l'État aux entreprises, qui couvre jusqu'à 70 % des sommes dues pour une PME. Point de procédure décisif du côté de l'établissement : elle se sollicite par la banque, après pré-accord — jamais par l'entreprise en direct. Un dossier qui aurait été écarté pour insuffisance de couverture peut redevenir instruisible sans dégrader le profil de perte.

Une réserve de méthode s'impose toutefois, et elle vaut au-delà de ce dispositif : annoncé, voté et doté ne signifie pas opérationnel. Un mécanisme public ne s'intègre à une politique de risque qu'après vérification qu'il indemnise réellement.

Ce qu'un dispositif d'alerte ne fera pas

Il faut poser les limites, faute de quoi ce texte promettrait ce qu'aucun dispositif ne tient.

Il ne réduit pas le coût du risque déjà constitué. Un encours dégradé le reste ; la détection précoce agit sur la production future et sur la fraction du portefeuille encore saine.

Il ne remplace pas le jugement. Un signal de flux est une hypothèse à instruire, pas une décision. Traité mécaniquement, il produit des faux positifs coûteux — et, plus grave, il abîme la relation avec un client qui traversait une variation ordinaire de son cycle.

Il ne survit pas sans discipline de série. Un indicateur calculé irrégulièrement ne vaut pas les deux tiers d'un indicateur suivi : il ne vaut rien, parce qu'il ne se compare plus. C'est la contrainte la plus banale et la plus fréquemment fatale de ce type de dispositif.

La question à porter en comité

Elle n'est pas « comment réduire notre taux de créances douteuses ? ». Elle se formule ainsi :

Sur les dossiers passés en douteux au cours des douze derniers mois, combien présentaient, six mois avant le premier incident, au moins deux des signaux décrits ci-dessus — dans des données que nous détenions déjà ?

L'exercice se conduit à rebours, sur un échantillon, en quelques jours. Il ne coûte pas de collecte, et il produit deux résultats : la proportion réelle de dégradations qui étaient visibles, et la liste des signaux qui, dans votre portefeuille et dans vos filières, discriminent réellement.

C'est cette liste, propre à chaque établissement, qui constitue un dispositif d'alerte — jamais une grille importée d'un autre marché.

Questions fréquentes


Sources

  • COBAC — rapport annuel sur le système bancaire CEMAC : encours total des créances douteuses de 1 536 milliards de FCFA, en hausse de 6,3 % sur un an ; progression du volume de 14,5 % en glissement annuel au Cameroun ; les créances douteuses représentent 75,9 % du total des créances en souffrance.
  • FMI — consultations sur le Cameroun : alerte sur la dégradation de la qualité des actifs bancaires et sur l'imbrication croissante entre les banques et l'État.
  • BEAC — statistiques sur les coûts et conditions du crédit, premier trimestre 2026 : crédits nouveaux aux PME au Cameroun 336,1 milliards FCFA (17,66 % du volume total), en recul de 18,02 % en glissement annuel, contre −5,76 % à l'échelle de la CEMAC ; taux débiteur moyen Cameroun 9,03 %, le plus bas de la zone, moyenne CEMAC 12,38 %.
  • Ratio crédit au secteur privé / PIB — environ 17,5 % au Cameroun, contre une moyenne africaine de l'ordre de 35 %.
  • Règlement N°04/19/CEMAC/UMAC/CM relatif au taux effectif global et à la répression de l'usure : seuil d'usure publié pour 2026 à 33,25 % sur le crédit à la consommation.
  • Littérature académique comparée sur les taux du microcrédit (2003-2015) — moyenne africaine ≈ 34 % contre ≈ 20 % pour les banques commerciales.
  • OHADA — Acte uniforme relatif au droit comptable et à l'information financière (AUDCIF), adopté le 26 janvier 2017 à Brazzaville ; applicable aux comptes personnels depuis le 1er janvier 2018, aux comptes consolidés et combinés depuis le 1er janvier 2019. Introduction du tableau de flux de trésorerie dans les états financiers du système normal.
  • OHADA — Acte uniforme portant organisation des sûretés, adopté le 15 décembre 2010 à Lomé : nantissement sans dépossession, nantissement de stock, nantissement de compte bancaire, cession de créance professionnelle à titre de garantie, réserve de propriété, transfert fiduciaire de somme d'argent, agent des sûretés.
  • Arrêté n° 018/PM du 5 février 2026 portant organisation de la garantie de l'État aux entreprises : couverture jusqu'à 70 % des sommes dues pour une PME ; sollicitation par l'établissement de crédit après pré-accord.
  • Institut national de la statistique (INS) — 3ᵉ Recensement général des entreprises : 430 011 unités recensées, dont 367 109 informelles, soit 85,4 % d'informalité.

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